Les origines

Les origines

croix-de-kells Elles remonteraient aux migrations en Bretagne armoricaine des groupes celtes venus de Grande Bretagne (Cornouaille et Pays de Galle), mélangés eux-mêmes à des groupes originaires d’Irlande. Ces migrations sont successives du IVième au VIIième siècle sous la pression des Germains (Angles et Saxons) qui colonisent dans le même temps les Îles Bretonnes. La lutte bretonne serait née du brassage entre les luttes pratiquées par ces groupes de migrants et la lutte armoricaine continentale du haut Moyen-Âge. Mais tout cela resterait  bien incertain, même si la persistance prouvée de luttes celtiques proches de la lutte bretonne, en Irlande, aux Pays de Galle et en Cornouaille britannique, renforce cette hypothèse. L’Irlande n’aurait que très récemment (fin XIXième ?) perdu trace de la pratique de sa lutte (Collar and Elbow), qui resterait pratiquée aux USA, importée par les colons irlandais.

Les premières représentations attestées de luttes celtiques remontent au IXième siècle, en Irlande principalement, en la présence de textes relatant des jeux gaéliques ou des sculptures sur des croix ou des monuments religieux.

Du Moyen-Âge à la Révolution française

Au Moyen-Âge, les traces de la pratique de la lutte bretonne sont mieux renseignées. On la retrouve autour de tous les évènements festifs, que ce soit au niveau de l’aristocratie et de la royauté qu’à celui du peuple. Fêtes ludiques ou spectacles de premier choix,  moments de détente, fêtes rurales, fêtes religieuses (les “pardons”), toutes les occasions et toutes les catégories sociales deviennent terreau de lutteurs. Déjà, les vainqueurs sont récompensés par des prix dont on retrouve trace dans les écrits des clercs de l’époque.

Au niveau du Royaume de France, les lutteurs bretons  jouissent d’un certain prestige. Les lutteurs d’origine noble sont utilisés comme “champions”, notamment  lors de rencontres franco-britanniques, où les Cornouaillais remplissent le même rôle pour le Royaume d’Angleterre. La littérature du Gouren fait souvent référence à une rencontre entre François Ier et Henri VIII d’Angleterre, en 1520, au camp du Drap d’Or (vers Calais). Lors de cet évènement, des luttes ont lieu entre des lutteurs de Cornouaille britannique et des lutteurs français. Les combats sont gagnés par les Cornouaillais, et les Français déplorent l’absence des lutteurs bretons.  Les rois eux-mêmes se mesureront, et les écrits mentionnent que François Ier, apparemment bon lutteur, aurait fait usage de techniques de lutte bretonne qu’il connaissait bien (il était usufruitier de la Bretagne par son mariage avec Claude de France, Duchesse souveraine de Bretagne, fille d’Anne de Bretagne).

Pour la classe noble, la lutte fait partie intégrale de la formation militaire. Elle est exaltée dans les romans de chevalerie où des évocations de prises (”tour de genou”) réveillent des échos spécifiques aux luttes celtiques. Sa popularité irait jusqu’à la reconnaissance de la lutte comme droit seigneurial, au sens que le seigneur décide et réglemente l’organisation des luttes.

Moins documentées, les luttes du “bas peuple” sembleraient pour autant avoir été tout aussi présentes, et peut-être pas seulement pour copier la classe nobiliaire. On en aurait tout simplement moins de traces écrites. La particularité bretonne de l’existence d’une très petite noblesse explique peut-être cette proximité. Il faut aussi mentionner une spécificité de la société bretonne de l’époque, c’est le peu de distinction fait dans la pratique même de la lutte entre les nobles et le reste du peuple. Maël Yann Kerdraon rappelle que nobles et peuple se mélangent facilement dans les réunions de lutte.  Il est ainsi mentionné que le jeune Bertrand Du Guesclin au XIVième siècle aurait participé en cachette à des luttes populaires (organisées par / pour le peuple sur Rennes)  dont il était très friand. Les documents décrivant cette pratique populaire  plus précisément seront produits plus tard, notamment vers le XVIième siècle. Les luttes sont pratiquées lors des fêtes rurales (aires neuves, battage, moissons, etc.) ou lors des périodes hivernales.

lutteur_prise_18ieme Au XVIIIième siècle, les descriptions de l’organisation de ces luttes semblent très proches de celles dont on retrouvera les thèmes classiques jusqu’à la fin du XIXième / début du XXième : la réunion de lutte est très populaire ; une foule nombreuse se rassemble autour des lutteurs, produisant par son espace central des lices, ouvertes d’ailleurs à coup de baguettes dans la foule ou d’une poêle recouverte de graisse … des prix (chapeaux brodés, foulards, etc.) sont éventuellement exposés sur une perche à laquelle est parfois attaché le mouton  ; les lutteurs ont les cheveux longs selon la mode bretonne, noués pour le combat ; un lutteur se saisit d’un prix et défie les autres lutteurs de venir le lui reprendre ; les vainqueurs sont portés en triomphe les bras levés. Les luttes sont associées à d’autres jeux (qui se retrouvent encore aujourd’hui dans les jeux bretons : lever d’essieu, tire à la corde, lever de la civière chargée de pierres, lancer de pierre lourde, lever de perche, bâton à bouillie). Les danses suivent les luttes. Dans quelles mesures ces représentations ne rendent-elles pas compte déjà d’une certaine idéalisation d’un mode de vie authentique ou héroïque ? Peu importe, la lutte bretonne se véhicule apparemment sous cette forme dans l’imaginaire collectif.

La position du clergé va évoluer : du soutien actif voire enseignant de lutte, organisateur et pratiquant jusqu’au XVIième siècle, le clergé va ensuite s’y opposer fermement au XVIIième lors de la Contre-Réforme, comme il va condamner tout divertissement populaire. Ces tensions ne se calmeront que progressivement vers le XXième siècle. Ces condamnations vont être en partie responsables du repli géographique de la pratique de la lutte sur la basse Bretagne (Quimper, Sud des Monts d’Arrée).

La Révolution française reprendra à son compte les luttes, autour cette fois d’évènements républicains.

Tout au long de cette période, la lutte sera une pratique populaire, dont les fondements reposent sur le jeu de force et d’adresse et sur la défense de l’honneur d’un groupe (paroisse principalement). Les lutteurs sont porteurs de valeurs collectives et de messages.