La renaissance au début du XXième siècle

La renaissance au début du XXième siècle et la sportivisation : de la lutte bretonne vers le Gouren

En 1901, les premiers clubs sportifs nationaux sont créés sur le modèle associatif de la même loi. La Fédération Française de Lutte est créée en 1913. Les défis et tournois traditionnels de lutte bretonne sont progressivement remplacés par des tournois modernes, sans défis, mais où l’on recherche un appariement des poids des lutteurs. La lutte traditionnelle à la campagne recule au profit de lutteurs urbains à l’image plus “professionnelle”. Mais elle reste semble-t-il tout de même bien présente dans l’esprit populaire breton, même si elle ne se pratique plus que dans un nombre très limité de villes/villages.

Le Docteur Cotonnec, de retour en Bretagne après ses études de médecine à Paris va relancer et moderniser la lutte bretonne. Dès 1913, suite à des contacts progressifs avec les mouvements culturels régionalistes, il s’intéresse à la lutte bretonne. Mais la guerre de 1914-1918 produira malheureusement de fortes pertes dans les rangs des lutteurs bretons. En 1923, Tregonning Hooper crée en Angleterre la Fédération de lutte cornique, et rencontre le Docteur Cotonnec quatre ans plus tard.

Le 11 juin 1928, le Comité de Lutte bretonne est créé. Il s’appuie dès le départ sur des rencontres  internationales avec les lutteurs de Cornouaille britannique. Le 8 août 1928, le Docteur lance un appel dans la Dépêche de Brest dans lequel il évoque les valeurs et les gloires passées de la lutte bretonne. Cet appel sera entendu au delà de toute espérance ; une foule massive (5 à 6.000 personnes) se présente  pour retrouver ses anciens lutteurs le 19 août 1928 à Quimperlé.

Dès lors, le Docteur et un petit groupe de personnes vont s’attacher à faire renaître cette pratique et la moderniser, portés par le double moteur de la conscience culturelle et des valeurs du sport (Pierre de Coubertin relançait depuis la fin du XIXième l’Olympisme autour des valeurs d’épanouissement individuel et de la cohésion sociale).

Ils créent la FALSAB, Fédération des Amis des Luttes et des Sports Athlétiques Breton en 1930. Son oeuvre principale sera l’unification des différentes pratiques de lutte bretonne (jusqu’alors, les pratiques différaient d’un village à l’autre), la relance de sa pratique et de sa médiatisation dans l’entre deux-guerres. Les prises dangereuses seront également proscrites, suite à des accidents malheureux (décès tragique de René Scordia). Ceci constituera la première étape de la sportivisation de la lutte bretonne.

Après guerre, les tournois sont relancés, mais plusieurs phénomènes vont probablement couper l’élan de cette renaissance de la lutte bretonne, que ce soit sur la pratique rurale ou urbaine de la lutte : comme au début du XXième siècle, à nouveau la repopularisation du football et du cyclisme, une accentuation de l’exode rural et l’hyper modernisation de la société rurale bretonne et des pratiques agricoles. Petite anecdote : les fêtes rurales de battage étaient encore l’occasion de réjouissances traditionnelles jusque dans les années 50 avec par exemple le lancé de la botte de paille, la course avec le sac de grain, etc., et la lutte ; l’apparition de la moissonneuse batteuse et la disparition de la mise en sac du grain vont faire disparaître ces fêtes, remplacées par des rencontres sportives.

Dans les années 1962-1964, une scission va apparaître dans la FALSAB. Patrick Le Doarnig avance de nouvelles conceptions de la pratique de la lutte bretonne et crée sa structure BRUG et une fédération de lutteur (BAG - Bodadeg ar Gourenerien). Il lance la deuxième étape de la sportivisation de la lutte. Il propose une nouvelle approche par la formation tout d’abord en répertoriant toutes les techniques de Gouren, en initiant les enfants (jusque là ce n’était qu’une pratique adultes) et en formant les cadres. C’est le début de la pratique en club généralement dans les villes. Pour former les enfants, les techniques sont divisées en exercices afin de faciliter leur apprentissage. Jusque là les transmissions étaient localisées. Un paysan-lutteur prenait sous son aile un poulain et lui montrait ses « coups ». L’apprentissage des autres techniques se faisait dans la confrontation en tournoi avec d’autres lutteurs. Avec cette nouvelle approche, tout l’éventail des techniques de lutte est accessible au pratiquant quelle que soit son origine géographique en Bretagne.

C’est aussi la période de la « bretonnisation » de la pratique. Le mot Gouren (Lutter) fait alors son apparition ainsi que toute la terminologie y afférent.

La troisième période de sportivisation commence dans les années 80 avec la réunification des deux fédérations de Gouren dans la Fédération de Gouren. C’est une phase d’adaptation à la législation et au modèle sportif. En 1990 la Fédération de Gouren s’affilie à la Fédération Française de Lutte. Elle obtient l’agrément sport et celui de l’Education Nationale. Des partenariats avec les collectivités sont mis en place. En 1995 le gouren ne compte alors que 700 pratiquants. C’est en 1998 que le Gouren entame sa professionnalisation avec les emplois-jeunes. Cette phase amorce de nouveaux modes de fonctionnement, d’orientations et de développement.